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Les Camps français

Le nom Drancy, "l’antichambre d’Auschwitz" est hélas connu de tous. Mais on sait moins qu’il y eut en France des dizaines de camps, véritables camps de concentration.
Dès octobre 1940, en effet, le gouvernement de Vichy confère aux préfets le pouvoir d'interner "les ressortissants étrangers de race juive". Quelques mois plus tard, il sera ajouté : "même si l’intéressé est français". Certes, il ne s’agit pas de camps d’extermination, mais même si certains s’appellent pudiquement "d’hébergement", ils n’ont rien à voir non plus avec les "camps de réfugiés" d’aujourd’hui : derrière leurs barbelés, et bien qu’ils soient le plus souvent placés sous administration française, des milliers de détenus sont morts de cachexie ("la maladie de la faim"), de froid, des maladies consécutives aux conditions sanitaires jointes au manque de médicaments. Dans ces camps – que les historiens, aujourd’hui, appellent les "camps de la honte" - partent des convois pour la déportation, soit via Drancy, soit parfois directement.

Dans la zone Sud (zone non occupée) beaucoup de ces camps existent déjà : baraquements construits à la hâte pour héberger les réfugiés espagnols fuyant le franquisme.
En 1939, y seront de plus internés toutes sortes
"d’indésirables", notamment des réfugiés politiques anti-nazis. Puis, à partir d’octobre 1940, les Juifs étrangers viendront grossir les effectifs.
En novembre 1940, on dénombre dans l’ensemble des camps de la zone sud 53 610 personnes, dont les Juifs représentent les deux tiers. Leurs noms, parmi les principaux : Gurs, Rivesaltes, (où l’on comptera 3 000 enfants), Le Vernet, Rieucros, Argelès, Les Milles, Spetfonds, Noé, Bruns, Récébédou.
L’administration de Vichy les subdivise en camps de "transit", de "regroupement familial", "d’hébergement", "semi-répressifs" ou "disciplinaires".
A Gurs, l’arrivée en octobre 1940 de 7 700 Juifs expédiés, directement d’Allemagne (des provinces de Bade et du Palatinat) crée une véritable tragédie : rien n’a été prévu pour les recevoir, ni lits, ni paillasses. Dans les baraques délabrées de Gurs, à peine chauffées et infestées de rats et de vermine, l’hiver 1940-41 fera, parmi les internés affaiblis par la faim, plus de 1 000 morts.
Des organisations caritatives juives et non juives, fédérées dans le "Comté de Nîmes", tentent d’adoucir un peu le sort des malheureux détenus des camps de la zone sud. Des travailleurs sociaux se feront même interner volontairement à Gurs et à Rivesaltes, et pourront obtenir quelques libérations, réaliser des évasions – en particulier d’enfants

Dans la zone Nord
Quatre camps principaux : Royallieu, près de Compiègne, Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Drancy.
Le camp juif de Compiègne est séparé par des barbelés du camp des Russes et de celui des Français arrêtés comme "communistes". Il a été ouvert en décembre 1941, avec l’arrivée d’un millier de détenus, principalement des Juifs français, personnalités et intellectuels. C’est de ce camp qu’est parti, le 27 mars 1942, le premier convoi de déportés de France. Il sera à nouveau presque entièrement vidé le 5 juin 1942, par une nouvelle déportation.

carte


Les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers s’ouvrent en mai 1941.
3 710 hommes, Juifs étrangers ou apatrides, arrêtés à Paris le 14 mai, y sont transportés.
Juillet 1942 y amène de nombreuses victimes de la rafle du Vel’ d’Hiv’, dont 4000 enfants.
Fin juillet et début août, on déporte les parents, auxquels les gendarmes arrachent de force leurs enfants de moins de 12 ans (y compris les bébés) qui vont rester seuls, dans un effroyable abandon.
 

Dans la deuxième moitié d’août, ces enfants, pour la plupart malades, seront emmenés à Drancy, puis déportés à Auschwitz.
Drancy : c’est une longue bâtisse de quatre étages en forme de U, entourant une cour. L’ensemble est clos de barbelés, avec des miradors aux quatre coins. La construction, primitivement destinée à des appartements, n’est pas achevée.
C’est ce cadre que découvriront le 20 août 1941, les 3477 arrêtés lors de la rafle des 11ème et 12ème arrondissement, qui "inaugurent" le camp, où il n’y a encore ni lits, ni matelas, ni couvertures. A partir du 16 juillet 1942, arrivent aussi des femmes et des enfants – hommes et femmes étant séparés dès leur arrivée. Avec la multiplication des déportations, les suicides deviennent fréquents, mais dans cette misère, que d’actes de dévouement ! Ainsi, des femmes s’organisent pour s’occuper des enfants sans parents.
Du 2 Juillet 1943 au 17 août 1944, date de la Libération, le camp est placé sous les ordres du terrible capitaine SS Aloïs Brunner et son équipe.
Pendant les trois ans de son existence, le camp de Drancy a été, pour plus de 70 000 personnes, la dernière étape avant la déportation vers une "destination inconnue".

Les camps d’Afrique du Nord
Plusieurs milliers de Juifs (hommes seulement) ont été internés dans des camps de travail, dans des conditions très dures, en Algérie et au Maroc, sous administration française, et en Tunisie occupée, sous administration allemande.

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