Si l'année 1940 est, en France, l'année de statut des
Juifs, (étrangers et français), de l'aryanisation économique, de l'internement
dans des conditions déplorables des Juifs expulsés d'Allemagne, en octobre 1940,
dans les camps du sud de la France, de la privation de la nationalité française
des Juifs d'Algérie, l'année 1941 est marquée par les premières rafles de Juifs.
Ce mot rafle qui fait encore trembler soixante ans après, peut
se définir "comme une arrestation collective qui a pour but d'enfermer un
groupe social, soit pour le maintenir dans des camps de concentration, soit pour
remplir un train de déportés" (André Kaspi,
Les Juifs pendant l'occupation).
Les rafles ne sont pas des arrestations individuelles, elles ne sanctionnent
aucune violation d'une loi ou d'un décret : on est arrêté dans une rafle
uniquement parce qu'on est Juif.
La première rafle a eu lieu à Paris le 14 mai 1941 à 7 h. du matin.
La Préfecture de Police de Paris convoque 6.494 Juifs polonais, tchécoslovaques
et ex-autrichiens à l'aide "d'un billet vert" à se présenter dans différents
centres éparpillés dans Paris.
3.747 se sont présentés et ont été envoyés dans les camps de Beaune-la-Rolande
et de Pithiviers dans le Loiret.
La deuxième rafle a eu lieu le 20 août 1941 : des Juifs français et étrangers
sont arrêtés dans la rue, dans le XIe arrondissement, puis la rafle s'étend à
d'autres quartiers de Paris.
4 232 hommes sont arrêtés et envoyés dans au camp qui vient de s'ouvrir, à
DRANCY (Seine-Saint-Denis).
La troisième rafle a eu lieu le 12 décembre 1941. Elle est très différente des
précédentes : 1.043 Juifs de toutes origines, on l'appelle la rafle des
notables, sont arrêtés à leur domicile, tôt le matin. Ils seront transportés au
camp de Royallieu, près de Compiègne.
Ces trois rafles se passent dans l'indifférence générale de la population
française.
De décembre 1941 à juillet 1942, les rafles sont interrompues. Pourquoi ? Parce
que les Allemands ne possèdent pas assez de trains pour déporter les Juifs vers
l'Est... !
Mais arrive un événement nouveau et dramatique, la première déportation : le 27
mars 1942, le premier convoi de déportés quitte la gare du Bourget. Dans les
wagons de 3
ème classe (à partir du 2
ème convoi, il n'y
aura que des wagons à bestiaux) sont enfermés 1 112 hommes, en partie des
internés de Drancy, pris dans la rafle du 20 août 1941, en partie des Juifs
français, internés à Royallieu, lors de la rafle du 12 décembre 1941.
Le convoi est escorté jusqu'à la frontière allemande par des gendarmes français
et un officier SS.
Dannecker, chargé des affaires juives en France, conduit le convoi jusqu'à
Auschwitz.
| Convoqués par le “billet vert”, ces Juifs –
polonais pour la plupart – ne savent pas que ce train les emmènera dans un camp, un an plus tard, la grande majorité
d'entre eux seront déportés à Auschwitz. © yvs |
Au mois de juin 1942, quatre nouveaux convois quittent la France...
Les rafles vont reprendre, malheureusement, à une très grande échelle à partir
de l'été 1942.
Une conférence qui réunit à Berlin, le 11 juin 1942, tous les
services des affaires juives de la Gestapo dans les pays occupés, décide de
prendre des mesures rapides et efficaces pour appliquer « la solution finale ».
La France doit livrer 100 000 Juifs des deux sexes.
La grande rafle du Vel' d'Hiv' » du 16 et 17 juillet 1942, est suivie par des
rafles en province, en zone occupée, à Rouen, Nancy, Bordeaux etc. Les Juifs
cherchent à quitter la zone occupée, à passer la ligne de démarcation.
Dannecker, ayant appris qu'il y a des trains à la disposition de la Gestapo
permettant de transporter vers l'Est au moins 40.000 Juifs, se rend en juillet
1942 dans les camps d'internement du Sud de la France pour dénombrer les Juifs
étrangers et apatrides déportables.
Röthke, le successeur de Dannecker, demande aux autorités françaises que 10.000
Juifs de la zone libre soient transférés en zone occupée. Le gouvernement
français va, dans un premier temps, pour répondre aux exigences allemandes,
remettre 3.500 Juifs internés à Gurs, à Récébédou, à Noé, aux Milles... Ils
passent la ligne de démarcation à Chalon/Saône et sont conduits à Drancy. Les
Juifs internés à Rivesaltes seront transportés en septembre à Drancy.
Mais cela n'est pas suffisant, le gouvernement de Vichy par une instruction de 5
août 1942 informe les préfets que les « Israélites allemands, autrichiens,
tchèques, polonais, estoniens, lituaniens, lettons, dantzigois, sarrois,
soviétiques et réfugiés russes entrés en France après le 1er janvier 1936...
seront transportés en zone occupée ».
Pour trouver tous les Juifs étrangers, des rafles sont organisées dans toute la
zone libre, de la région de Limoges à celle de Toulouse, de Lyon à Montpellier.
Elles sont exécutées avec beaucoup de minutie par la police et la gendarmerie
française. En dépit des efforts de discrétion des préfets, les rafles des Juifs
de l'été 1942 sont impossibles à cacher.
La population, certains membres du clergé vont parfois réagir.
La communauté juive tente de sauver les enfants de la déportation, persuadant
les parents malheureux, angoissés, de s'en séparer. Le Grand Rabbin Kaplan
essaie de faire pression sur le Cardinal Gerlier, sur le Pasteur Boegner. Maître
Robert Kiefe, représentant le Consistoire, rencontre des personnalités du
gouvernement de Vichy afin qu'elles prennent des mesures pour sauver les Juifs
de France de l'extermination...
Cette année 1942 qui voit la chasse à l'homme juif s'étendre sur toute l'étendue
du territoire français, zone libre incluse, fut la plus meurtrière dans la
mesure où sur les 79 convois partis de France pendant la Shoah, 45 quittent
l'hexagone en 1942, et sur 75 721 déportés de France, 41 951 sont déportés en
1942, dont seuls 805 seront encore en vie 1945.
Marianne (Malka) Picard
Copyright ©Aloumim 2004 - Tous droits de reproduction, de traduction,
d’adaptation interdits sans le consentement des auteurs.