Il incarne, pendant près de deux ans, un espoir de survie : le
refuge en "zone libre". Mais il est interdit aux Juifs de franchir la ligne.
Il faut la franchir clandestinement.
Par, milliers, ils ont entrepris, hommes, femmes, enfants, malades, cette
épuisante et dangereuse épopée.
Qu'était donc cette fameuse ligne de démarcation ?
Une sorte de frontière intérieure, fixée par les accords d'armistice signés
entre la France et l'Allemagne le 22 juin 1940.

La ligne coupait la France en deux...
Elle coupait la France en deux. D'une part, la zone occupée -
dite encore zone nord - sous le contrôle de l'administration militaire
allemande. Elle comporte 55% du territoire. De l'autre, la "zone libre", sous
l'autorité directe du gouvernement de Vichy.
Dès l'armistice, la zone sud connaît un afflux de réfugiés juifs, notamment des
expulsés d'Alsace-Lorraine. Et c'est aussi là - à Lyon, Marseille, Nice,
Montpellier, Toulouse, Limoges, Nîmes - que se replient de nombreuses
organisations, comme le Consistoire central, l'OSE, toutes sortes d'associations
caritatives.
Des œuvres qui auront bientôt fort à faire pour secourir les Juifs internés dans
les camps (c'est en zone libre, il ne faut pas l'oublier, que se trouvent les
camps de Gurs, Rivesaltes, Noé, Rébécédou, entre autres...) et ceux qui fui la
zone occupée, souvent avec leurs maigres bagages pour toute fortune.
Certes, le statut des Juifs s'applique également en zone libre.
Depuis la loi du 4 octobre 1940, les Juifs étrangers risquent, sur simple
décision du préfet de leur département, d'être internés dans un camp ou assignés
à résidence. Du fait des interdictions professionnelles, on perd son emploi - et
le nombre d'emplois autorisés se réduit au fil des mois. A partir de l'été 1941,
les fonds de commerce, puis les immeubles, devront être cédés à des "administrateurs" aryens.

"Hommage à ceux qui ont su la forcer..."
Néanmoins, on se sent moins menacé qu'en zone occupée. Ici, pas de Gestapo, et
certaines mesures anti-juives entrent en vigueur un peu plus tard. Le
recensement, obligatoire en zone occupée dès octobre 1940, ne le devient en zone
"nono" qu'en 1941. Le tampon "JUIF" est imprimé sur les cartes d'identité
dès fin 41 en zone nord, et en décembre 42 en zone sud. Ici, on n'est pas soumis
à l'interdiction de sortir dans la rue entre 20h et 6h du matin, et on peut
faire ses achats quand on veut. Ici, on ne porte pas l'étoile jaune.
Au fur et à mesure de la multiplication des rafles en zone occupée, et surtout
après le début des déportations (27 mars 1942), "Franchir la ligne de
démarcation" représente l'ultime espoir. Mais elle est gardée par des soldats
allemands d'un côté, des gendarmes français de l'autre. Seul moyen légal
d'atteindre la zone libre : un "Ausweis", un laissez-passer, évidemment
inaccessible aux Juifs.
C'est donc le règne des "passeurs", qui feront traverser la fameuse frontière
intérieure. A moins que, malhonnêtes, ils n'abandonnent les fugitifs en cours de
route.
Mais, dès l'été 1942, le piège se referme. Vichy s'est engagé à livrer 10.000
Juifs de zone libre aux Allemands. Les internés des camps sont les premières
victimes. Puis des rafles monstres viennent remplir les convois partant de
Drancy. Désormais, les Juifs sont pareillement traqués dans les deux zones - et
les œuvres se donnent une priorité : sauver les enfants.
La "zone libre" est d'ailleurs occupée par les Allemands en novembre 1942, et
la ligne de démarcation, qui n'a plus de raison d'être, sera officiellement
supprimée en février 1943.
Dora Weinberger
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