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La rafle du VEL' D'HIV'

16 et 17 juillet 1942 - (2-3 Av 5702)

Un tournant dans l'histoire de la Shoah en France...

La rafle du Vel' d'Hiv', le "Jeudi noir" comme l'appellent les Juifs, l'opération "Vent printanier" selon le code allemand, fut la plus grande rafle que Paris ait connue.
Depuis 1307 où le roi de France, Philippe IV le Bel, fit prisonnier 138 moines de l'ordre des Templiers et depuis la nuit de la Saint-Barthélemy en 1592 où plus de 3.000 protestants furent arrêtés et exécutés, Paris n'avait subi d'opération de police d'une telle envergure.

Pourquoi cette rafle marque-t-elle un tournant dans l'histoire de la Shoah en France ?

Première mise en application des décisions de la Conférence de Wannsee :

Rappelons qu'une conférence qui s'était tenue, sous la présidence de Reinhard Heydrich, le 20 janvier 1942, dans les bureaux d'Eichmann au 56/58 Grossen Wannsee Strasse à Berlin, avait décidé, dans une atmosphère détendue, la "solution finale", soit l'extermination de tous les Juifs d'Europe. Les modalités d'exécution de ce plan furent prises par Heydrich et le SS Muller, au coin du feu, un verre de cognac à la main...
Le 11 juin 1942, la section IV B 4 de la Gestapo, dirigée par Eichmann, organise une Conférence à laquelle participe Dannecker, son délégué pour la France et la Belgique. Son but est d'appliquer les décisions prises à Wannsee, en Europe occidentale.
Le quota des Juifs de France qui devaient être déportés à Auschwitz est de 100 000 personnes. Le premier objectif est l'arrestation à Paris et en région parisienne de 28 000 Juifs, les 16 et 17 juillet 1942 (la première date prévue, le 13 et 14 juillet, n'a pas été retenue !)

Collaboration étroite entre Vichy et l'Allemagne :

Les Allemands se rendent compte rapidement que cette première opération en France ne peut se faire sans l'aide du gouvernement de Vichy. Il faut donc qu'ils s'assurent de leur collaboration active.
Des contacts étroits se nouent dès le 25 juin 1942 : les autorités françaises sont invitées à soumettre un plan qui permettra d'arrêter les 28 000 Juifs parisiens.
Après des atermoiements de la part de Vichy qui pense que la rafle prévue "dépasse de loin le cadre des lois anti-juives", Pierre Laval, Président du Conseil, venu à Paris le 27 juin 1942, accepte d'exécuter les exigences allemandes, de mettre la police française à la disposition de la Gestapo pour alimenter le programme allemand de déportation, mais refuse de donner les juifs de nationalité française.
Les Allemands comptent, par cette nouvelle forme de collaboration, compromettre les autorités de Vichy auprès de l'opinion française ; le gouvernement de Vichy reconnaît ouvertement qu'il y a un péril et mène avec conviction, avec les allemands, la lutte contre ce péril.

Fait nouveau : on déporte les enfants juifs.

Au conseil des ministres le 10 juillet 1942, présidé par Philippe Pétain, Pierre Laval, après avoir rendu compte de son entrevue avec le Général Oberg (Commandant-chef des SS en France) dira : "Dans une intention d'humanité, j'ai obtenu – contrairement aux premières propositions allemandes – que les enfants, y compris ceux de 16 ans, soient autorisés à accompagner leurs parents".
Les Allemands n'avaient pas prévu de déporter les enfants.
Pris au dépourvu par la demande française, Dannecker envoie un télégramme le 6 juillet 1942 à Eichmann ainsi libellé : "... Le président Laval a proposé lors de la déportation des familles juives de la zone non occupée d'y comprendre également les enfants âgés de moins de seize ans... Je vous demande de prendre une décision urgente, par télégramme afin de savoir si, à partir du 15e convoi de Juifs, les enfants au-dessous de seize ans pourraient également être déportés..."
Berlin ne prendra de décision à ce sujet qu'après de nombreux appels de la Gestapo de Paris.
Laval savait-il que "la déportation vers l'Est" des enfants juifs signifiait leur condamnation à mort, on ne le saura jamais.
28 000 Juifs devaient être arrêtés dans le "Grand Paris" (selon l'expression des Allemands) d'après des listes constituées à partir du fichier juif établi par la police français.
Pour la première fois, ces listes comprenaient des noms de femmes et d'enfants.
Le 16 et le 17 juillet 1942, 12 554 Juifs sont arrêtés dont :
3 031 hommes
5 052 femmes
4 051 enfants
On remarque le nombre élevé de femmes et d'enfants proportionnellement au nombre d'hommes. Jusqu'au 16 juillet 1942, les rafles ne visaient que les hommes ; aussi, seuls, certains hommes prévus par des policiers français résistants, la veille de l'imminence d'une rafle, s'étaient cachés, leurs femmes et leurs enfants, pensaient-ils, ne pouvaient être concernés par la rafle.
Le 16 et le 17 juillet 1942, on arrêtait pour la première fois des enfants juifs de France.

Le leurre des Juifs : l'arrestation est exécutée par la police française :

La gendarmerie, la garde mobile, la police judiciaire, les renseignements généraux, la voie publique collaborent à l'opération "vent printanier". Ce sont tous des fonctionnaires français. 888 équipes d'arrestation sont sur pied de guerre, toutes les permissions sont supprimées, de même que les cours de l'école de Police afin que ses élèves prennent part à ces "travaux pratiques" !...
Chaque équipe reçoit des consignes très claires, des listes, des adresses.
Aucun Allemand ne participe aux arrestations et les Juifs, bien souvent, sont rassurés par le képi et l'uniforme français, les ordres sont donnés en français, le comportement correct des policiers français. Ils ne peuvent imaginer la suite ... et tombent dans le piège.

Les malades, les vieillards :

Un ordre nouveau est donné à la police française, il ne faut pas prendre en considération l'état de santé des personnes inscrites sur les listes.
1) Les gardiens et inspecteurs, après avoir vérifié l'identité des Juifs qu'ils ont mission d'arrêter, n'ont pas à discuter les différentes observations qui peuvent être formulées par eux...
2) Ils n'ont pas à discuter non plus sur l'état de santé. Tout Juif à arrêter doit être conduit au Centre primaire.
(Extrait des consignes pour les équipes chargées des arrestations, établies par la Préfecture de Police, état-major, 1er bureau B, 18/7/1942).

"La volière".

Alors que cette opération "vent printanier" est ordonnée depuis plus d'un mois, aucun préparatif matériel au Vel 'd'Hiv' n'est prévu, ni nourriture, ni eau, ni sanitaires. Le Vel' d'Hiv', véritable fournaise, est envahi par une odeur pestilentielle.
Pendant 8 jours, 7 000 personnes y vivent dans l'humiliation, la dégradation physique, affamées, assoiffées, en plein Paris, sous le regard indifférent de la gendarmerie et de la police française.
Röthke, membre de la Gestapo de Paris, vient jeter un coup d'œil sur le Vel' d'Hiv'. "C'est comme une volière, dira-t-il comparant les Juifs à des oiseaux privés de liberté, affolés, se heurtant aux parois de leur cage bien gardée" (Claude Lévy, Paul Tullard, La grande rafle du Vel' d'Hiv').

Les Allemands constatant que le nombre prévu de Juifs arrêtés n'est pas atteint, sont quelque peu déçus mais pas inquiets. Dannecker reste optimiste, les Français ont bien collaboré, les convois de déportés qui commencent à quitter la France sont suffisamment remplis.
Röthke ajoutera le 18 juillet 1942 : "Le programme pourra être réalisé si le gouvernement français s'y attache avec le dynamisme nécessaire".

A partir de la rafle du Vel' d'Hiv', le programme de Wannsee put, malheureusement, prendre sa vitesse de croisière.

Marianne Picard


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