Une des conséquences, et non des moindres, des rafles et
des déportations massives de l’année 1942 en France,
a été la naissance des
mouvements de Résistance Juive.
Il serait sans doute plus exact de parler de passage (total ou partie) dans la
clandestinité de la plupart des organismes juifs d’assistance sociale.
Comme l’a
écrit Anny Latour (
La Résistance Juive en France, 1940-1944) :
"Ces réseaux ne sont pas sortis du néant, mais sont issus de services sociaux
juifs ou de formations juives aux différentes tendances politiques existant
avant l’occupation. Devant l’imminence du danger, ces organisations sont
devenues clandestines et résistantes".
En zone nord, au cours des deux premières années de l’occupation allemande, la
survie des Juifs privés de moyens de subsistance, et de ce fait passibles
d’internement, tenait à la capacité des organisations juives de dispenser des
secours . C’est ainsi que le Comité de la rue d’Amelot, l’OSE, le CBIP (Comité
de Bienfaisance Israélite de Paris) et l’organisation Solidarité, créée par des
responsables de la MOI-yiddish (Main-d’œuvre immigrée) ont pourvu aux besoins
les plus urgents : cantines populaires, dispensaires médicaux-sociaux, bureaux
de secours, cours de reclassement professionnel, patronages d’enfants, envoi de
colis aux internés sans famille des neuf camps de la zone nord...
L’action de sauvetage était menée sur deux plans, légal et illégal : libération
et évasion, par le Comité de la rue Amelot et Solidarité qui procuraient de faux
papiers aux évadés des camps.
Après la rafle du Vel’ d’Hiv’ (juillet 1942), c’est le passage à la lutte armée
pour la plupart des militants de ces deux organismes. Le mois d’août 1942 voit
la constitution d’une unité de combat spécifiquement juive : Le 2
e
détachement FTP-MOI, formé de volontaires parlant yiddish.
La résistance juive communiste privilégie dès lors le facteur politique et les opérations armées par
rapport à l’œuvre de sauvetage.
Après quelques semaines d’interruption, c’est le Comité de la rue Amelot qui
reprend alors en main l’assistance aux juifs traqués, avec à sa tête David
Rapoport et un jeune Juif sioniste, Henri Bulawko.
L’UGIF sert de façade. Mais après l’arrestation de ces deux leaders, seul le
réseau de sauvetage des enfants continue à fonctionner en totale clandestinité.
Ce n’est qu’en mars 1943 que Simon Lévitte, fondateur du MJS (Mouvement de la
Jeunesse Sioniste) parvient à effectuer plusieurs navettes entre la zone Sud et
Paris. Il organise la mise en place des réseaux de sauvetage du MJS "Education
Physique", des EIF (Eclaireurs Israélites de France) et de la "Sixième", qui
fonctionne déjà en zone Sud.
En zone sud, dans le cadre de l’UGIF, le travail d’assistance était assuré par
des œuvres sociales : OSE, CAR (Comité d’Assistance aux Réfugiés), FSJF
(Fédération des Sociétés juives de France), SSF (Service Social des Jeunes sous
l’égide des Eclaireurs Israélites).
Après les rafles et déportations massives de fin août 1942, tout comme à Paris,
des milliers de Juifs rescapés des rafles sont à la recherche d’un abri et de
moyens de subsistance.
De plus, l’OSE doit mettre en sûreté tous les enfants qu’elle a accueillis dans
ses douze homes, de même que les EIF doivent assumer la sécurité de tous les
jeunes qui vivent dans les maisons de jeunes, centres d’apprentissage et
chantiers ruraux qu’ils ont créés créés en 1940.
C’est ainsi qu’une petite équipe, opérant derrière la façade du SSJ, organise
sans délai la fabrication de faux papiers et la recherche d’abris stables pour
les jeunes Juifs traqués.
C’est le noyau du réseau clandestin des EIF, la "Sixième", qui se structure
véritablement après l’occupation de la zone sud par l’armée allemande, le 11
novembre 1942.
En même temps, Simon Lévitte forme, à Montpellier et à Nice, des équipes
similaires, dans le cadre du mouvement MJS, qui vient d’être créé : Ce sont les
bases du réseau clandestin de sauvetage de la jeunesse sioniste qui prend le nom
de "Education Physique".
Simultanément, un réseau spécialisé dans le sauvetage des enfants juifs hébergés
dans les maisons de l’OSE est mis en place par Georges Garel : c’est le réseau
Garel.
Un peu plus tard, à Nice, en 1943, le réseau Marcel, créé par Marcel Abadi et sa
femme Odette, assurera le même travail.
Un autre réseau juif de sauvetage, qui ne s’appuie sur aucune organisation juive
déjà existante, prend naissance à Marseille en automne 1942 : c’est le "Groupe
d’Action contre la Déportation", plus connu sous le nom "service André" du
nom de son fondateur et chef, Joseph Bass, dit "Monsieur André".
Ce réseau a pour tâche d’assurer le sauvetage des Juifs de tous âges.
Tout le travail clandestin est financé par l’AJDC (American Joint Distribution
Committee).
C’est seulement en 1943 que la Résistance Armée, sous l’égide de l’OJC
(Organisation Juive de Combat) créera des Groupes Francs et des Maquis.
Mais la tâche essentielle de la Résistance Juive a été sans aucun doute le
sauvetage des Juifs.
Denise Siekierski (Colobri)
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