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La Suisse, terre d’asile...

À l’accès strictement limité.

"Pour moi, il n’y a pas de doute qu’avec notre politique à l’égard des Juifs persécutés, nous avons commis une faute... Le Conseil fédéral le regrette profondément et présente ses excuses pour cela..."

Ces paroles ont été prononcées par M. Villiger, le président de la Conférence helvétique, le 7 mai 1995, lors d’une cérémonie du 50ème anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
Cette politique, et cette faute, quelles furent-elles ?
La Suisse a pourtant accueilli pendant la guerre un peu plus de 28 000 Juifs, et que de convois d’enfants sont partis de France, bravant mille dangers, vers cette "terre d’asile".
Oui, mais... les portes de l’asile ne s’ouvraient qu’avec parcimonie, vouant des milliers de refoulés aux chambres à gaz.
Antisémitisme (il existe aussi en Suisse) ?
Xénophobie ? Peur de déplaire au puissant voisin allemand, crainte de difficultés économique ?
Quoi qu’il en soit, dès 1938, la Suisse se préoccupe d’enrayer le flot de réfugiés juifs venant d’Allemagne ou d’Autriche. Mais comment reconnaître les "non-aryens" ?
On s’entretient du problème avec les Allemands qui vont marquer les passeports des Juifs d’un signe distinctif, un J entouré d’un cercle. Leurs porteurs ne pourront entrer que s’ils font partie des heureux élus obtenant un visa.

En 1940, la Suisse, qui a fermé ses frontières d’une clôture de barbelés et craint, à présent, l’afflux des réfugiés de France, donne un nouveau tour de vis à la législation sur les immigrations. Et en août 1942, alors que les autorités ont déjà des rapports sur les camps d’extermination, une circulaire est adressée à la police, précisant que les réfugiés raciaux ne doivent pas être considérés comme des réfugiés politiques (qui, eux, sont admis).
Le gouvernement suisse demande à la France de renforcer la surveillance aux frontières.
Quant aux immigrés clandestins, ils seront refoulés, sauf cas exceptionnels comme les femmes enceintes, les enfants de moins de 16 ans, les parents avec un enfant en bas âge, et les plus de 60 ans.

Il est juste de dire qu’une partie de l’opinion publique s’indigne. Et être refoulé ou pas sera souvent une question de chance. Certains soldats ou policiers, compatissants, ferment les yeux, transgressent les règlements.

Les filières vers la survie

Par petits groupes, des enfants, parfois des familles, franchissent clandestinement la frontière suisse hérissée de barbelés, gardée de part et d’autre par des soldats en armes. A chaque fois une périlleuse aventure. La rendre possible, l’organiser, ce fut le travail des "filières". Ces filières ont été nombreuses, et l’inventaire qui en est fait ici ne prétend certes pas être exhaustif. Les candidats à l’émigration clandestine vers le "paradis suisse" ont été, par priorité, les enfants (ou adultes) qui ne parlaient pas français ou le parlaient très mal, avec un fort accent, et ceux qui, du fait de leurs convictions religieuses, pouvaient plus difficilement se fondre dans un environnement chrétien.
Falsification d'un livret de famille
Falsification d’un livret de famille (1943).
Afin de pouvoir se réfugier en Suisse et afin
de ne pas être refoulée, une famille juive
a changé la date de naissance d’une de ses filles :
la vraie date de naissance 1935 et devenue 1938.

Ces convois partaient des principales villes de zone sud ainsi que de la "zone-refuge" du Chambon-sur-Lignon.
Les points de regroupement les plus utilisés ont été Lyon, Annecy, Chambéry, Annemasse, Bellegarde, Aix-les Bains. Plusieurs réseaux clandestins coopéraient pour amener ensuite les convois, par petits groupes, à la tombée de la nuit, jusqu’à un certain point de la frontière, où les attendait un passeur (bénévole ou rétribué).
C’est ainsi que la Sixième (EI), l’Education Physique (MJS) et le Circuit Garel (OSE) ont travaillé la main dans la main, ainsi que des organisations chrétiennes comme la CIMADE et la filière de René Nodot. Les véritables documents d’identité des enfants étaient généralement cousus dans la doublure de leurs vêtements, au moins leur vrai nom, pour qu’ils puissent les montrer aux autorités en Suisse et au siège de l’OSE à Genève, qui devait les prendre en charge. Quel travail !!!
Quand un groupe arrivait en retard, on y passait la nuit, avec l’angoisse de ne pas terminer à temps...

Et puis la Suisse n’admet que les enfants de moins de 16 ans.
Alors, il faut tromper, tricher, truquer, avec une fausse carte et un uniforme scout qui rajeunit ! Et il y a encore l’argent à trouver. Les passeurs risquent gros (la prison ou l’exécution par les Allemands).
Ainsi la plupart exigent-ils trois à cinq mille francs par personne passée, adulte ou enfant. Parfois, au bureau de l’OSE, à Chambéry, à Megève, pour un groupe partant le soir, on n’a pas encore réuni à midi de quoi payer le passage... Les adultes sont systématiquement refoulés par les Suisses – sauf les personnes âgées de plus de 60 ans et les familles avec un ou deux enfants en bas âge.
Alors, vite, on fabrique des familles : un homme, une femme, qui ne s’étaient jamais vus deviennent pour quelques heures ou quelques jours mari et femme. On leur met deux petits enfants sur les bras... et le tour est joué !
Quant aux points de passage frontaliers les plus fréquentés, ils se situaient en Savoie et Haute –Savoie : Ville-la-Grand (dans la banlieue d’Annemasse), Souvaine, Collonges-sous-Salève, Saint-Julien-en- Genevois, Saint-Gingolph, Veigy... Mais dévouement, courage, ruses et complicités ne pouvaient pas toujours parvenir à vaincre le dernier obstacle : Le REFOULEMENT par les Suisses.

Denise Siekierski (Colibri)


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