En France, l’occupation allemande provoque l’émergence de mouvements de
résistance.
Des réseaux s’organisent et se développent, certains dans un cadre légal,
d’autres dans la clandestinité. Des jeunes, filles et garçons, des hommes et des
femmes les rallient ou prennent le maquis. Leurs buts : le sauvetage des Juifs
et la libération du sol national français. Très souvent ces militants payèrent
de leur vie : arrestations, tortures, peloton d’exécution ou déportation sans
retour.
D’après l’historien Georges Wellers, il fallait aider les Juifs à "se
cacher en leur trouvant une cachette sûre, en fabriquant à leur intention de
fausses pièces d’identité, de faux certificats de baptême et de naissance, des
cartes de ravitaillement, en leur assurant le passage clandestin des frontières
suisse ou espagnole ou de la ligne de démarcation …" (
Organisation juive de
combat Résistance / sauvetage 1940-1945)
Le sauvetage des enfants juifs fut l’un des volets les plus importants de la
Résistance juive.
L’Œuvre de secours aux enfants et le Réseau GAREL
L’OSE fut une organisation d’entraide humanitaire de la communauté juive.
Son action est déterminante dans la survie de milliers d’enfants juifs sous le
régime nazi.
Ses origines : fondée en 1912 à Saint-Petersbourg lors des grands pogroms
au moment où la population juive souffrait d’un antisémitisme virulent. Les lois
discriminatoires obligeaient les Juifs à résider dans les "Shtetle", petits
villages surpeuplés où la misère, le manque d’hygiène frappèrent surtout les
enfants. Consciente du risque de destruction physique des communautés,
l’intellígentsia juive, médecins, avocats, professeurs, etc.… créèrent des
organismes d’entraide, dont l’OSE.
Dès son origine, l’action est éducative, médicale et sociale.
Après la Révolution russe, l’OSE transfère son siège à Berlin (1923), puis à
Paris.
Reconnue comme association humanitaire, l’OSE crée et gère, en région
parisienne, des colonies de vacances et des centres d’accueils, et s’occupe
surtout de jeunes enfants de deux à huit ans, d’origine polonaise, autrichienne
ou allemande, séparés de leur famille.
Dès juin 1940, avec l’occupation allemande, la direction décide d’évacuer les
enfants de la région parisienne vers le centre et le sud de la France et plus
particulièrement en Creuse. (Chabannes, Le Masgelier etc…)
L’OSE vient également en aide, par l’intermédiaire de la Croix Rouge française,
aux Juifs internés dans les camps.
Intégrée à l’UGIF, (Union générale des Israélites de France créée en novembre
1941, par Vichy à la demande des Allemands, le but était de regrouper et de
contrôler toutes les organisations juives), l’OSE continue son travail légal,
mais poursuit une activité clandestine : fabrication de faux papiers, aides
financières, placement d’enfants dans des familles d’accueil sous de faux noms,
organisation de filières et passage en Suisse…
En zone Sud, l’OSE gère plus de 20 maisons d’enfants qui accueillent 1.600
enfants, dont la plupart libérés des camps (Gurs, Rivesaltes, Les Milles). Une
dizaine de maisons d’enfants seront dissoutes en 1943.
A partir de 1942, rafles et arrestations se multiplient en zone libre, les
responsables de l’OSE comprennent que les maisons d’enfants ne peuvent plus
assurer la sécurité des enfants.
La gendarmerie perquisitionne certaines maisons d’enfants comme par exemple le
château du Masgelier et recherche surtout les enfants de nationalité étrangère.
Ils décident donc de mettre sur place une structure clandestine qu’ils confient
à Georges Garel (dit Gasquet), un ingénieur lyonnais. L’OSE crée ainsi le «
réseau Garel" avec mission d’organiser le sauvetage des enfants de moins de 16
ans et leur planquage dans des institutions et familles non juives, ainsi que le
passage clandestin en Suisse.
L’objectif du réseau était de vider progressivement les maisons d’enfants et de
cacher ceux-ci parmi les institutions ou familles non-juives, dans des couvents
ou chez des paysans. Mgr.Saliège, archevêque de Toulouse confia à Georges Garel
des adresses d’institutions prêtes à recueillir des enfants juifs, les
soustrayant ainsi à la déportation et à une mort certaine.
Il fallait donc changer l’identité de l’enfant en lui donnant un nom aryen.
En plus, le réseau devait procurer aux institutions ou aux personnes privées,
des cartes d’alimentation et leur fournir une aide financière et recruter de
jeunes assistantes sociales pour suivre ces enfants dans leur placement.
Le réseau organisa aussi le passage clandestin vers la Suisse ou l’Espagne.
Le réseau Garel avec l’appui d’une douzaine d’organisations catholiques,
protestantes ou laïques, réussit à sauver plus de 1 500 enfants. Cependant près
de trente membres du réseau furent assassinés ou déportés. Parmi eux, "Pauline" Gaudefroy, une infirmière catholique qui fut torturée et fusillée par la
Gestapo.
Elle a reçu, à titre posthume, la médaille de Juste parmi les Nations en 1976.
A la libération, en septembre 1944, les maisons d’enfants de l’OSE rouvrent
leurs portes pour accueillir les enfants restés seuls, sans famille et les
enfants revenus de déportation.
Le réseau "Marcel"
Le réseau fut créé à Nice en 1943 par Moussa Abadi dit Monsieur Marcel et
Odette Rosenstock, son épouse née à Paris. Déportée à Auschwitz, elle y
travaille comme médecin, ce qui lui doit d’avoir survécu.
De nombreuses familles juives étrangères se réfugient à Nice, sous
l’occupation italienne jusqu’en septembre 1943. Au moment où les Allemands
envahissent la région, la situation devient de plus en plus dangereuse et les
arrestations commencent. Le réseau Marcel, avec l’aide de Mgr. Rémond, évêque de
Nice se charge de "planquer" les enfants restés seuls après l’arrestation de
leurs parents, dans des institutions chrétiennes, changeant leur identité,
procurant de "vraies fausses cartes" d’identité et d’alimentation. Le réseau
travaille en rapport étroit avec le Joint, la Sixième et l’OSE.
Le réseau Marcel a sauvé 527 enfants.
Le réseau André ou "Groupe d’action contre la déportation".
Le réseau fut créé par Joseph Bass, dit Monsieur André, à Marseille en 1942
sur son initiative personnelle. Joseph Bass, secondé par deux agents, Denise
Siekierski (Colibri) et Léon Poliakov, décide de prendre une part active dans le
sauvetage des Juifs de la région : fabrication de faux papiers, recherche
d’abris sûrs et aide sociale.
Monsieur André prend contact avec le pasteur André Trocmé et met sur pied une
filière d’évasion vers le Chambon-sur-Lignon et ses environs où 5 000 juifs ont
été cachés.
Arrêté en mars 1944, par la Gestapo, Monsieur André parvient à s’évader. Léon
Poliakov réussit aussi à convaincre le Rabbin Zalman Schneerson (Association des
Israélites pratiquants AIP) à disperser ses élèves dans plusieurs hameaux de la
région.
Sous le nom de "Capitaine André", Joseph Bass crée un groupe de maquisards
juifs sur le plateau du Chambon qui prend une part très active dans la lutte
contre les Allemands.
Ce qui permit la libération en août 1944 de tout le département de la
Haute-Loire.
Les Eclaireurs Israélites de France et la "Sixième"
Les EIF- scouts juifs - fondés en 1923 par Robert Gamzon,
(Castor), accueillent des jeunes de tous les horizons : pratiquants et
non-pratiquants, sionistes, autochtones ou immigrés. En 1938, les EIF comptent
plus de 2 500 membres répartis dans la région parisienne, l’Alsace- Lorraine et
l’Afrique du Nord.
Après la défaite et sous l’occupation allemande, la situation des Juifs devient
de plus en plus dangereuse. Robert Gamzon, commissaire général des EIF, crée «
la Sixième", la branche clandestine des EIF. Son but : sauver le maximum de
jeunes, leur trouver des planques sûres et leur fournir une bonne "couverture"
c’est- à- dire de bons faux papiers.
La" Sixième", œuvre en zone occupée où le sauvetage de juifs est difficile et
très dangereux en raison du port de l’étoile jaune.
En zone sud, le quartier général se trouve à Moissac.
La zone non-occupée est divisée en différentes régions : Toulouse, Grenoble,
Limoges, Clermont-Ferrand et Nice. A la tête de chaque région sont nommés des
responsables et des cheftaines devenues "assistantes sociales". Ces
assistantes sont chargées de maintenir le lien entre les enfants cachés,
traumatisés par la séparation d’avec leurs parents, de leur rendre visite le
plus souvent possible afin de leur donner le sentiment qu’ils ne sont pas
abandonnés, maintenir le moral et pourvoir à leurs besoins. En plus la "Sixième
» organise le passage d’enfants de moins de 16 ans vers la Suisse, accompagnés
de leur assistante sociale.
En 1944, Robert Gamzon – Capitaine Lagnès - organise la Résistance militaire des
EIF et prend la direction du maquis.
La "Sixième" sauve un grand nombre d’enfants juifs de la déportation, mais
nombre de ses membres sont torturés, fusillés ou déportés et meurent dans les
camps d’extermination.
Le comité Amelot
Il fut créé en septembre 1940 à Paris sous la direction du
journaliste David Rapoport.
Le comité gère des cantines juives, des maisons d’enfants et le dispensaire de
la rue Amelot connu sous le nom : "La Mère et l'Enfant".
Il peut fonctionner légalement et ainsi couvrir une
activité clandestine, ce qui lui permet de devenir le principal recours pour les
Juifs étrangers : passage de la ligne de démarcation, fausses cartes d’identité,
secours aux internés, envoi de colis et parfois même libérations d’enfants.
(Camp de Poitiers avec l’aide du Rabbin Elie Bloch). Après les grandes rafles,
la préoccupation principale du comité est le placement des enfants restés seuls
après l’arrestation de leurs parents. Ainsi, le comité réussit à sauver des
centaines d’enfants. Mais de nombreux responsables du comité sont arrêtés,
déportés et meurent à Auschwitz.
L’armée Juive : l’AJ
Organisation armée de résistance juive née à Toulouse en octobre
1940, créée à partir de l’union entre deux noyaux sionistes : les révisionnistes
et les socialistes.
Ils créent en août 1940, une organisation secrète nommée "Main forte" MF, dont
l’un des buts est la création d’un Etat juif en Palestine. Puis, en janvier
1942, l’AJ, l’armée juive est fondée par un accord entre deux groupes. Parmi les
premiers membres recrutés figurent les participants du Cercle d’études juives
dirigé par Paul Roitman. Leur objectif principal est la lutte contre le nazisme.
L’AJ déploie son activité sur plusieurs fronts : la résistance armée, le passage
clandestin de combattants vers l’Espagne pour rejoindre les Forces alliées, la
fabrication de faux papiers, l’entraînement militaire et la création d’unités
dans plusieurs villes de France.
Le premier corps franc est fondé à Toulouse, puis à Lyon.
Ces groupes concentrent également leurs efforts sur la chasse aux dénonciateurs
de Juifs.
L’AJ travaille également en collaboration avec le Mouvement de la jeunesse
sioniste (MJ) et les Eclaireurs Israélites de France (EIF), et s’occupe du
passage clandestin d’enfants vers l’Espagne et la Suisse. Le premier maquis de
l’AJ s’est créé en novembre 1943 à Bisques dans la Montagne Noire (Tarn). A la
veille de la libération, l’AJ prend le nom d’Organisation juive de combat OJC.
C’est une unité de Paris qui participe à la libération de Drancy.
Malheureusement de nombreux militants tombèrent entre les mains de la Gestapo.
MJS : Mouvement de la Jeunesse Sioniste.
Réseau clandestin de sauvetage de la jeunesse sioniste, son non de code est «
Education physique".
Créé en mai 1942, à Montpellier, le réseau se préoccupe en particulier du
sauvetage des jeunes, essayant de les faire sortir des camps, de les cacher, de
leur procurer de faux papiers, de leur apporter une aide morale et sociale.
Le MJS formera des groupes ("G’doudim" à Grenoble, (l’un des centres les plus
importants) à Annemasse, Chambéry et Nice. Le MJS, en coopération étroite avec
les EIF et l’AJ participe aux activités de sauvetage d’enfants et d’adultes, les
faisant passer clandestinement en Suisse.
Des centaines d’enfants sont ainsi sauvés (deux convoyeuses d’enfants, Mila
Racine et Marianne Cohn sont interceptées et torturées par la Gestapo. Mila
Racine, déportée, mourut à Mauthausen).
Après l’arrestation de Mila, Marianne continue ses activités jusqu’en mai 1944,
mais son convoi est arrêté par les Allemands. Marianne est torturée et
assassinée.
Les enfants sont sauvés grâce au courage et à l’esprit de sacrifice de cette
jeune femme.
Dora Weinberger
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