Elles sont cent, elles sont mille, peut-être dix mille, ces inconnues
résistantes à la mort, ces combattantes pour la vie.
Ce sont elles qui ont assuré la survie de leurs enfants en un geste à la limite
du sacrifice.
Abraham, s’abandonnant à la volonté de Dieu et se préparant à offrir son fils,
son unique, était-il infanticide en puissance ?
En complicité avec le Très-haut, en une humilité grandiose, il offre à
l’humanité entière une leçon : mort au Moloch, l’enfant est la vie, l’enfant est
l’avenir.
Ces mères juives, ces Sarah multipliées, chacune parcelle divine, au bord du
gouffre refusaient le désespoir, se réclamaient de l’espoir et offraient leur
enfant à la vie. Le courage et la foi des mères qui s’opposaient au Moloch et
lui résistaient, étaient dans « l’abandon » de leur enfant.
Qui aura la force de l’âme, qui saura retenir ses larmes en inscrivant les noms
de ces femmes en une litanie gardienne de la mémoire ?
Celle qu’on arrêtait et qui ne s’est pas retournée pour dire au revoir à son
fils dissimulé sous le lit.
Celle, qui dans son ultime voyage a offert la lumière, la liberté et la vie à sa
fille en la jetant sur le ballast après s’être déchiré les mains pour écarter un
peu quelques planches du wagon.
Celle qui dans un murmure a dit à son fils : « va-t-en, marche, cours sans te
retourner. Mon ombre te couvrira ».
Ceux qui ont considéré cela comme un abandon ne savent pas ce qu’est l’amour
d’une mère.
En son jugement, le roi Salomon l’avait compris, il y a bien longtemps : l’amour
maternel peut aller jusqu’à l’abandon de son enfant.
C’était cela la vraie résistance : espérer en la vie, se refuser à la mort
jusqu’à l’extrême déchirement.
Dr. Lichtenstein
Jérusalem, le 4 novembre 2007
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