A une certaine époque, j’étais cachée dans une institution dont j’ai oublié le nom. Ses pensionnaires
étaient des filles arrachées à la rue, auxquelles on donnait un peu de culture générale, des cours de cuisine,
de couture, etc...
Ces filles avaient un langage grossier, mêlé d’expressions argotiques que j’avais du mal à
comprendre. Elles, de leur côté, se moquaient du mien, de ma politesse et surtout elles étaient jalouses car je
sortais tous les jours pour aller au lycée.
Pourtant, comme elles, je participais aux travaux ménagers. J’allais tous les dimanches à la messe. Mais
j’étais différente et les filles me le faisaient bien sentir. Elles me jouaient un tas de tours qui étaient souvent
cruels. J’avais toujours faim et peur.
Non seulement, je devais surmonter la séparation d’avec mes parents et de tout ce qui m’était cher, je devais
encore endurer l’environnement hostile.
Je me sentais seule, très seule, dans cette bataille pour la survie. Je suppose que c’est ce stress constant qui
m’a poussée un jour, alors que je faisais mes devoirs, à prendre un morceau de papier et à me dessiner une
étoile jaune avec le mot « Juif » bien au milieu. Peut-être était-ce pour me rappeler qui j’étais vraiment. De
toute façon, c’était de la folie. Je l’ai mise dans mon cartable et je l’ai oubliée. Le lendemain, en classe,
l’institutrice m’a appelée à sa table afin que je lui présente mes devoirs. Elle ouvre mon cahier et
...catastrophe, mon étoile jaune s’y étalait ! Mon sang est devenu de glace, mes genoux tremblaient. Mais
elle, l’air indifférent, sans me regarder, a pris mon étoile jaune et l’a jetée à la poubelle.
Il y avait aussi des gens comme ça !
Pnina Spitz
Février 1999 / Adar 5759
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