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Le sac à dos

Juin 1944. Le train de Toulouse roule à travers un paysage printanier vers les Pyrénées.

Dans un compartiment, en face de moi, est assise une jeune fille aux cheveux bruns, appelée Rosy, âgée de 16 ans et à côté d’elle, un homme âgé. J’avais peu de détails sur mon voyage. Je savais juste que je devais, à pied, passer illégalement les Pyrénées avec un groupe de jeunes. Le but était de fuir les Allemands et d’arriver en Espagne. De là, un voyage pour la Palestine était planifié.

Dans le filet à bagages, au dessus de la tête de la jeune fille, assise en face de moi, il y avait un sac à dos brun très volumineux Le même sac que j’avais reçu avant mon départ. J’ai regardé le sac, j’ai regardé la jeune fille et j’ai compris que nous avions la même destination. Après le départ du vieux monsieur, assis à côté de la jeune fille, je me suis adressé à elle :
"Nous avons sans doute la même destination", lui ai-je dit.

La jeune fille effrayée, ne m’a pas répondu. J’ai ouvert ma petite valise, lui montrant que j’avais le même sac qu’elle. Je lui ai dit que je l’avais caché ne voulant pas être reconnu avec le sac. Alors, elle a accepté de me parler. En pleurant, elle m’a raconté qu’elle avait laissé sa maman à Toulouse, qu’elle voyageait pour la première fois seule et qu’elle avait très peur de ce voyage. Une connaissance de l’Organisation sioniste l’avait convaincue de se joindre à ce voyage. J’avais, dans ma poche, le billet de train que la responsable de l’Organisation m’avait donné et sur lequel était marqué l’endroit où nous devions descendre. Tous les deux et quelques autres jeunes avec le même sac à dos, nous sommes descendus dans une petite station de gare aux pieds des Pyrénées. A la sortie, une jeune fille nous attendait. Elle nous a poussés dans un taxi qui, rapidement, s’est mis en route. Entassés dans le taxi, nous roulions très vite sur des routes montagneuses très étroites. Puis, le taxi s’est arrêté en pleine montagne, devant une ferme.

Après en être descendus, on nous a dirigés vers une grange où se trouvaient beaucoup de jeunes. Nous étions environ une trentaine et quelques adultes. Il faisait déjà nuit et on nous a dit de se préparer pour la nuit. Nous nous sommes couchés dans la grange sur un peu de paille. Rosy avait très peur. Elle s’est rapprochée de moi et, à voix basse, m’a demandé si elle pouvait rester près de moi, comme une petite soeur. Puis, tout le monde s’est entassé dans la grange et une dame âgée est arrivée. Elle nous a donné des instructions pour le lendemain :
- Nous devions préparer notre sac avec le strict nécessaire.
Nous n’avions pas de provisions sauf du sucre et quelques boîtes de sardines. A 4 heures du matin, nous devions nous mettre en route, accompagnés par deux passeurs espagnols. Les responsables du groupe étaient Fleury et son épouse. La dame nous a souhaité bonne nuit et bon voyage. Plus tard, j’ai su que cette dame s’appelait Madame Gisèle, qu’elle avait été arrêtée par les Nazis et assassinée.

Je possédais encore un autre sac en bon état, de l’époque où j’étais scout. Je me suis donc organisé. J’ai pris mes affaires de toilette, une serviette de toilette, ma trousse de premier secours et le peu de nourriture qu’on nous avait donné. J’ai pris aussi mes tephilines* et mon talith* que j’avais gardés de ma Bar-Mitsva. Rosy s’est accrochée à moi comme un petit chat effrayé qui cherche abri. Nous nous sommes couchés sur la paille et nous nous sommes endormis. A l’aube, nous nous sommes réveillés et mis en route.

Nous marchions les uns derrière les autres, le vieux passeur en tête, le plus jeune fermait la marche. Nous grimpions par des sentiers montagneux. Le vieux passeur nous a conseillé de nous tailler des cannes avec des branches d’arbre afin de nous faciliter la marche. Etant ancien scout, j’avais un grand canif et j’ai aidé à préparer les bâtons. Après avoir grimpé pendant quelques heures les problèmes ont commencé. Quelques jeunes filles se sont plaintes d’avoir des ampoules aux pieds, nous les avons aidées de notre mieux.

Soudain, nous avons été attaqués par un groupe de jeunes gens armés, dirigeant leurs armes vers nous. Nous avons de suite compris que c’était des partisans qui se cachaient dans les montagnes combattant l’armée allemande. A leurs questions, qui nous étions et ce que nous faisions ici, nous avons répondu que nous étions un groupe de jeunes Juifs qui fuyaient les Nazis. Ils nous ont demandé nos papiers, mais malheureusement nous avions de fausses cartes d’identités françaises. Alors, ils ont déclaré que si nous étions des Français, nous devions rester avec eux et combattre les Allemands. Afin de les convaincre que nous étions des réfugiés juifs de France et que nous avions de faux papiers, j’ai pris les cartes d’identités de certains de mes camarades ainsi que la mienne et je les ai brûlées devant leurs yeux. Par ce geste, j’ai réussi à les convaincre, ils nous ont permis de poursuivre notre chemin. Le passeur a insisté pour que nous nous dépêchions afin d’arriver vers la nuit au sommet d’une certaine montagne. Mais comme nous étions très fatigués, et il nous a donné la possibilité de nous reposer pendant deux heures. La plupart d’entre nous, s’étaient déjà débarrassés de leurs sacs, ne pouvant plus les porter. Nous nous sommes assis au bord d’un lac, un ancien volcan. La nuit même, nous sommes arrivés au sommet de la montagne.


Itzhak Kraemer
Février 1999/ Adar 5759


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