En 1942, j’avais 7 ans, et mes parents nous avaient placés, mon frère de 5 ans et moi, à la campagne.
Ils
avaient gardé avec eux, à Valenciennes, le petit de 2 ans. Un matin, la Gestapo est arrivée. Ils ont frappé,
puis défoncé la porte. Mes parents se trouvaient à l’étage au-dessus, nous habitions un pavillon. Ma mère a
dit à mon père : "Ils ne nous feront rien, va chercher les enfants". Il s’est enfui par la cour. Ma mère a été
déportée avec le bébé. Mon père est donc venu nous chercher pour nous emmener à Lyon, en zone libre.
Nous sommes allés sur les berges de l’Escaut, sommes montés à bord d’une péniche, par une petite
ouverture noire d’où s’échappait une odeur de charbon.
J’avais peur, ne voulais pas entrer là-dedans, et me
suis mise à hurler. Mon père m’a poussée, en me disant : "tais-toi et vas-y, ou nous serons tous fusillés".
Nous sommes restés deux ou trois jours, je ne sais plus, cachés dans cette soute à charbon, sans manger, et
grelottant de froid. C’est ainsi que nous avons franchi la ligne de démarcation.
Il y a 4 ans environ, je suis retournée à Valenciennes. Une femme m’a téléphoné, pour m’apprendre que
c’était elle qui avait organisé notre passage, et avait fait passer beaucoup de Juifs par ce système. Cela
coûtait 5.000 francs. Elle remettait au marinier la moitié de la somme, en déchirant une photo en deux. Au
retour, après avoir amené les fugitifs à bon port, l’homme lui présentait son morceau de photo et recevait les
2.500 francs restants.
Mais moi, depuis ces journées de 1942, j’ai peur du noir. Je panique quand, dans un escalier, la minuterie
s’arrête et me plonge dans l’obscurité. Et pour rien au monde, on ne me ferait prendre un bateau.
Betty Eppel
Septembre 1997 / Elul 5757

GENEVE 89 Km
LONS LE SAUNIER 35 Km
LIGNE DE DEMARCATION 1 Km
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