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Qui sont les témoins ? Que sont-ils devenus ?

Moshe ( Max) Ahrend

Moshe Ahrend est né à Francfort sur le Main en 1926, élève de la « Realschule » S.R. Hirsch jusqu’à la "Nuit de Cristal" en novembre 1938.
Sa mère - son père était décédé trois ans auparavant - le fait partir en France avec un convoi d’enfants. Accueilli par une famille juive, à Strasbourg, il fête sa Bar-Mitsvah, entouré d’un seul membre de sa famille, son frère David qui, libéré du camp de Buchenwald, habite à Londres.
Évacué en septembre 1939, comme toute la population juive de Strasbourg, il erre avec ses "parents adoptifs" de ville en ville, d’école en école, puis se cache dans une maison d’enfants à Brout Vernet (Allier). Recherché par la Gestapo, il franchit la frontière suisse clandestinement en mai 1943 et vit à Zurich jusqu’à la fin de la guerre.
En 1945, il fait son alyah. Il étudie le Talmud, la langue hébraïque et la pédagogie.
Après avoir fait son service militaire, il est envoyé, par l’Agence juive, en mission pédagogique en France (1949-1951). Rentré en Israël, il se marie (aura trois enfants) et continue sa carrière d’enseignant. Après une deuxième mission pédagogique en France de 1965 à 1968, il revient en Israël où il entame une carrière universitaire.
Quoiqu’à la retraite depuis 1995, il continue d’enseigner la Bible, la Loi Orale, la philosophie et l’histoire de l’Éducation.

Yaffa Ben-Yashar

Yaffa Ben Yashar (Jacqueline Goldberg) est née à Paris en 1931 dans une famille de trois enfants. Le 16 juillet 1942, dans la rafle du Vel’ d’Hiv’, son père est arrêté, interné à Drancy, puis déporté à Auschwitz d’où il n’est pas revenu. Sa mère et sa petite soeur sont arrêtées et internées à Beaune- la- Rolande, puis à Drancy. Sa petite soeur est libérée, mais sa mère est enfermée dans un hôpital.
Après avoir séjourné dans plusieurs maisons d’enfants, Yaffa trouve refuge chez une famille à Villecresnes, dans la banlieue parisienne. Il est trop dangereux pour elle d’aller à l’école, la dame qui l’héberge la met en apprentissage chez une perruquière qui fabrique des postiches pour l’Opéra de Paris. Mais, elle doit s’enfuir, elle a peur d’être dénoncée.
Placée par l’OSE dans plusieurs maisons d’enfants, elle est ballottée pendant toute la guerre de cachette en cachette.
Elle fait son alyah en 1952, se marie, et elle travaille comme institutrice. Elle a 4 enfants et 16 petits-enfants.

Michel Bloch

Michel Bloch est né à Strasbourg en 1929, issu d’une famille nombreuse alsacienne. En 1939, l’Alsace est évacuée, la famille se rend à Cusset (Vichy). En 1943, Michel est placé dans différents collèges par la Résistance, en tant que non juif, change d’identité et prend le nom de Michel Blondel. Puis, il franchit clandestinement la frontière suisse. Interné dans un camp, placé dans un home d’enfants, il a à peine 15 ans.
Six mois après la fin de la guerre, il rentre en France et retrouve sa famille. En 1947, il part par l’Alyah B. Arrêté par les Anglais, il passe un an dans les camps de Chypre.
En 1948, Michel s’enrôle dans l’armée. Libéré, il se marie, devient professeur d’Arts, puis inspecteur général des Arts Appliqués. Peintre lui-même, il expose en Israël, à Tel-Aviv, à Paris, à Monaco, à New York...
Ses souvenirs de guerre ne le quittent pas, et pour s’en libérer, il écrit ses mémoires pour ses enfants et petits-enfants.

Betty Eppel

Betty Eppel (Berthe Lewkowicz) est née en avril 1935, à Valenciennes de parents d’origine polonaise, la famille y a vécu jusqu’en septembre 1942.
Lors de la rafle de Valenciennes, sa mère et Michel son petit frère de 2 ans sont arrêtés par la police française et la Gestapo. Ils sont transférés à Malines puis déportés à Auschwitz d’où ils ne sont pas revenus.
Betty, son père et son frère Jacques âgé de 5 ans ont réussi à franchir clandestinement la ligne de démarcation.
Puis, Betty et son frère sont placés à Dullin, un petit village en Savoie chez une famille non-juive où ils sont restés jusqu’à la fin de la guerre.
Elle a fait son alyah seule, en 1964.
"Maintenant" dit-elle "après 60 ans, il me semble vital de parler, de raconter, car nous sommes les derniers qui pouvons dire que nous étions là et que nous avons été témoins."

Pnina Heber-Spitz

Pnina est née en Belgique sous le nom de Paulette Heber, nom sans résonance juive qu’elle a pu garder le long de la guerre. En 1940, lorsque les Allemands envahissent la Belgique, ses parents, d’origine polonaise, se réfugient en France.
En France, en tant que réfugié, son père travaille bénévolement chez un agriculteur afin de ne pas être envoyé dans un camp de concentration. En août 1942, quand les gendarmes sont venus l’arrêter, Pnina et sa mère ont réussi à fuir et sont restées en vie. Son père a été envoyé à Drancy puis à Auschwitz d’où il n’est pas revenu.
Après la "visite"des gendarmes, Pnina a été séparée de sa mère et prise en charge par l’OSE. Elle a été cachée dans un couvent, puis dans la maison d’enfant d’Izieu d’où elle a pu se sauver à temps. Sa mère est retournée en Belgique.
Pnina a fait son alyah seule en 1945. Elle est arrivée, par l’Alyat Hanoar, au kibboutz Kfar-Rupin. Elle s’est mariée très jeune, son mari était, lui aussi, un rescapé de la Shoah et elle a eu un fils à l’âge de dixneuf ans. La famille a vécu à Holon, son mari a fait des études d’assistant social et elle, de jardinière d’enfant. D’un second mariage, elle a eu une fille.
Lorsqu’elle n’a plus été capable de travailler suffisamment pour subvenir à ses besoins, son fils l’a invitée à vivre avec sa famille au kibboutz Sde-Boker et c’est là qu’elle se trouve à présent et espère y finir ses jours.

Malka Keller

Malka Keller (Régine Tragarz-) est née à Paris en 1932. Ses parents venaient de Pologne, elle était la première des trois enfants nés à Paris. La famille habitait dans le XIIe arrondissement. Son père s’est engagé dans l’armée française en 1939.
Quand sa mère a été arrêtée, son père était caché à Lyon, mais en février 1943, il a été lui aussi déporté. Après la guerre, Régine Tragarz s’est retrouvée sans parents, sans foyer.
Elle a fait son Alyah, seule, en 1949. Elle se sentait plus à l’aise en Israël qu’à Paris. C’est en Israël qu’elle a retrouvé une certaine assurance ; dans son groupe tous étaient comme elle, "sans parents, sans foyer, mais avec beaucoup d’espoir en des jours meilleurs". Elle a rencontré son futur mari, lui aussi orphelin, venu d’Anvers. Ils se sont mariés en 1951, ils ont trois fils, des petits-enfants et même des arrière- petits-fils.
"Voilà ma consolation" dit-elle.

Itzhak Kraemer

Itzhak (Helmut) est né en 1925 à Bonn mais il grandit à Worms en Allemagne. En novembre 1938, il a vécu la Nuit de Cristal, il a vu la destruction des maisons et des magasins juifs ainsi que l’incendie de la plus vieille synagogue d’Allemagne, synagogue où il avait célébré sa Bar- Mitzva.
En 1940, il a été déporté avec sa famille et tous les Juifs du pays de Bade, du Palatinat et de la Sarre à Gurs, puis quelques mois plus tard dans le camp de Rivesaltes. Grâce à l’OSE et aux EIF, il est libéré de Rivesaltes avec d’autres jeunes et placé au Château de Charry près de Moissac.
En septembre 1942, la police a voulu les remettre dans des camps, mais les Résistants ont réussi à les cacher.
Les faux papiers établis par la Résistance juive lui ont permis de passer d’un endroit à un autre. Itzhak a été caché à l’école de Lautrec (Tarn) puis chez un paysan jusqu’à ce qu’il se soit engagé dans le maquis des EIF sous le nom de Zébu.
En juin 1944, il rejoint un groupe de jeunes et franchit illégalement la frontière espagnole afin d’arriver, par l’Espagne en Eretz Israël.
"Je pense", dit-il, "qu’il est important de raconter, de publier et de faire connaître tout ce que notre génération a vécu pendant la Shoah et dans la diaspora."

Israël Lichtenstein

Israël Lichtenstein est né à Paris de parents immigrés de Pologne. Il a séjourné dans deux maisons d’enfants de l’OSE, la première à Montmorency près de Paris, en majorité peuplé d’enfants allemands ou autrichiens, de 1939 à mai 1940.
La deuxième, au Masgelier, dans le département de la Creuse jusqu’en mai 1943.
Son père, arrêté en juin 1942, interné à Beaune-la-Rolande est déporté à Auschwitz d’où il n’est pas revenu.
Israël Lichtenstein est médecin, a fait son alyah en 1963 et vit à Jérusalem.
Il est le Président actuel de l’Association Aloumim.

Ehud Loeb

Ehud Loeb est né le 26 mars 1934 à Bühl, petite ville du pays de Bade en Allemagne, sous le nom de Herbert Odenheimer.
Il fut déporté le 22 octobre 1940 au camp de Gurs dans le sud de la France avec ses parents, sa grandmère et les 6,500 Juifs des pays de Bade, du Palatinat et de la Sarre. Sa grand-mère est morte à Gurs, ses parents ont été déportés à Auschwitz en septembre 1942, d’où ils ne sont pas revenus.
Évacué de Gurs en 1941 et pris en charge par l’OSE, il est placé dans des maisons d’enfants et caché chez des familles chrétiennes jusqu’à la fin des hostilités ; l’une d’elle a été reconnue "Juste parmi les Nations" par Yad Vashem. Adopté par des cousins éloignés résidant en Suisse qui lui ont donné leur nom, il fait son alyah en 1958, se marie, a quatre enfants et, en 2005, neuf petits-enfants.
Ehud Loeb est historien d’art ; il a été régisseur du Musée d’Israël à Jérusalem pendant trente-deux ans et a enseigné l’histoire de l’art à l’Université Hébraïque pendant vingt ans.
Ehud Loeb a participé à un groupe de paroles (dès 1991) et à un atelier d’écriture (dès 1994) organisés par "Amcha" à Jérusalem. Il ne cherche, dans ses courts récits et poèmes, qu’à exprimer ce qu’il ressent aujourd’hui quand "les souvenirs et les angoisses du passé s’entremêlent avec le présent et la vie quotidienne".
Il écrit, dit-il, parce qu’il ne peut articuler de vive voix ce qui est inexprimable mais doit être dit et, peut-être, être transmis.

Jacky Mocate

Jacky Mocate est né en 1929 en Suisse, à Lausanne de parents originaires de Salonique. Pour des raisons professionnelles, la famille s’est installée à Marseille.
En 1944, les parents sont déportés à Auschwitz d’où ils ne sont pas revenus.
Grâce aux actions de l’OSE et des EIF, Jacky Mocate passe en Suisse.
A la fin de la guerre, il retourne en France. Après des études d’électricité à l’ORT, il crée une entreprise de distribution d’appareils électriques.
Il fait partie du mouvement de jeunesse des EIF de 1940 à 1953, date de son mariage avec une cheftaine EI, ils auront deux filles.
Militant tous les deux dans la Communauté marseillaise, Yvette, son épouse, a créé la Coopération féminine, et lui-même, est Président de l’Association des Anciens et Amis des EIF. Depuis 1996, ils ont rejoint leurs enfants en Israël. Ils n’ont qu’un seul regret : ne pas l’avoir fait plus tôt. Témoigner pour lui est une nécessité, un besoin, non pas pour raconter son histoire, mais pour que l’on sache que cela a eu lieu et qu’on s’en souvienne.

Edmond Palacci

Edmond (Eddy) Palacci est né à Paris le 9 février 1931 de père égyptien et de mère française. En 1933, toute la famille quitte Paris pour s’installer au Caire (Egypte).
Son père tombe grièvement malade. En mai 1940, Eddy quitte seul l’Egypte et va vivre chez ses grands-parents à Paris.
Lors de l’exode de 1940, la famille part en voiture vers le sud et revient en octobre à Paris occupé par les Allemands.
En juin 1942, Eddy porte l’étoile jaune et expérimente l’antisémitisme violent au lycée. En janvier 1944, l’arrivée des agents de la Gestapo dans l’appartement l’oblige à fuir avec l’aide de la femme de chambre chrétienne et à se réfugier dans une ferme près de Rambouillet. Il y restera jusqu’en septembre 1944.
En rentrant à Paris, il retrouve ses grands-parents, mais sept personnes de sa famille ont été déportés lors de la rafle du Vel’ d’Hiv en 1942.
Eddy reprend ses études interrompues, puis plus tard étudie à l’Université et obtient ses diplômes de licence et de maîtrise.
En 1954, il s’engage dans l’armée française, envoyé en Algérie comme officier, il y restera jusqu’en 1956.
A partir de cette date jusqu’en 1991, Eddy aura une activité importante dans l’industrie, d’abord en France puis après son alyah avec sa femme en 1960, en Israël.
Il adhère à Aloumim en septembre 1993, au Comité Directeur depuis 1995, il est responsable des activités sociales.
En 1992, il publie un livre autobiographique (en hébreu) qui couvre la période de 1939 à 1961. Il participe au Comité de rédaction de Mémoire Vive.

Myriam Troper

Myriam Troper (Myriam Cymbalista) est née le 13 avril 1935 à Lens (Pas de Calais) de parents d’origine polonaise.
Son frère Norbert est né en 1939.
Le père était tailleur et avait un atelier. Ils ont vécu à Lens jusqu’en 1942.
Ses parents ont été déportés de Lens le 11 septembre 1942, transférés au camp de Malines en Belgique puis à Auschwitz le 26 septembre par le convoi no. 11 et ont été exterminés le 28 septembre 1942.
Myriam et Norbert ont été cachés pendant 3 ans dans un village minier, près de Lens chez une famille d’émigrants polonais non-juifs qui ont risqué leur vie pour sauver les enfants.
Après la guerre, aucun membre de la famille n’étant revenu d’Auschwitz, les deux enfants sont restés dans la famille polonaise.
En 1950, ils sont placés dans une maison d’enfants de l’OSE, à Versailles.
En 1953, ils ont fait leur alyah.
Myriam a fait des études d’institutrice, s’est mariée en 1955 au kibboutz Sdé-Eliahou où elle vit avec ses enfants et petits-enfants.
Myriam a travaillé pendant plus de 30 ans dans l’éducation des enfants du kibboutz, elle était également la directrice de l’école régionale.
Elle raconte son "histoire" aux élèves de l’école.

Dora Weinberger

Dora Weinberger (Dora Weissmann) est née en Allemagne en 1931. A l’arrivée d’Hitler au pouvoir, ses parents quittent l‘Allemagne et s’installent à Metz en France.
Mais en 1939, la famille Weissmann se refuge à Angoulême en zone occupée. En 1942, ils franchissent la ligne démarcation, arrivent en zone libre à Lectoure (Gers).
Puis, Dora et sa petite soeur Hilda sont cachées dans une famille non-juive et dans un home d’enfants. (Aspet en Haute-Garonne)
En septembre 1943, sa mère retrouve les deux petites filles et toute la famille réussit à franchir, clandestinement, la frontière suisse. Après la guerre, la famille revient à Metz où son père meurt. Sa mère décide de faire son alyah avec ses deux filles. (1949)
Après son mariage, Dora reprend ses études à l’Université Bar-Ilan, devient professeur de français et conseillère pédagogique, auprès du Ministère de l’Education.
Depuis 1994, elle fait partie du Comité Directeur d’Aloumim, du Comité de rédaction de Mémoire Vive et s’occupe du projet éducatif sur l’enseignement de l’Histoire de la Shoah en France et va témoigner dans les établissements scolaires du pays.
"Transmettre notre vécu aux jeunes, aux générations futures" dit-elle, "est notre devoir".
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